La Chronique internationale

Le Pakistan : un paradis pour les bancassureurs ?
Publié dans la Tribune de l'Assurance Juin 2010
Les banques pakistanaises, islamiques pour la plupart et durement éprouvées par la crise financière qui a touché le pays, ont découvert les vertus de la bancassurance. Elles affichent leur intention de vendre des produits d’assurance qu’il s’agisse d’épargne ou de garanties de l’emprunteur. Le pays, profondément religieux, est un de ceux où l’assurance takaful semble promise a un bel avenir.
Ces deux constats ont incité les autorités de l’assurance pakistanaise à réguler les relations entre les banques et leurs fournisseurs assureurs. Outre la nécessaire formation du personnel bancaire, l’innovation majeure est que désormais les commissions ne peuvent être perçues que sur les primes effectivement payées par le client. On pourrait en déduire que les commissions escomptées sont interdites et se réjouir de la transparence ainsi offerte au consommateur. La réalité est plus subtile : la commission de première année sur les produits comportant une provision mathématique, qu’il s’agisse de capitaux différés ou de vies entières, ne peut dépasser 55% de la prime. La seconde année la commission ne peut dépasser 5% puis 2,5% les années suivantes. S’il ne s’agit pas d’une commission escomptée, cela y ressemble beaucoup et devrait avoir le même impact sur les méthodes commerciales. Et ces commissions substantielles ne sont pas la seule récompense des banques : les produits financiers peuvent aussi être partagés mais la banque ne peut en recevoir plus de la moitié. Enfin, une prime sur objectif est possible à condition qu’elle ne représente pas plus de 5% des primes encaissés.
On imagine que le lobby des banques a du se mobiliser pour obtenir des conditions aussi avantageuses. On devine aussi que la situation antérieure était encore plus favorable aux banques puisque la nouvelle législation vise explicitement à mettre fin à des abus. On peut toutefois se demander si cette mise en coupe réglée du client est la solution d’avenir dans un pays où la prime Vie par tête est de 4 dollars. Si, dans les pays de l’Europe du Sud, la bancassurance a fait exploser le marché Vie, c’est d’abord parce que les banques ont vendu des produits intrinsèquement « meilleurs » que ceux commercialisés par la majorité des assureurs de l’époque.
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